Démarche artistique



« Il n'est point question dans mon travail d'image, de représentation, ou de figuration mais de présence. »

— Monique Frydman


Peindre c’est vivre !


Je travaille à faire apparaître une vérité que seule la peinture porte, en ritualisant ce qui est une langue entre mes mains.


Langue intrinsèque liée à un rituel d’ouverture, la peinture est pour moi une poursuite en soi émergeant d'un questionnement incessant. Peindre à cette capacité à transformer en vérité ce que l'absence de mots cache, là où la couleur — en résonance avec mon histoire — guide le geste pour écrire l’expérience, la mémoire.


Entrer en peinture est un engagement du corps, une bascule vers une vérité sous-jacente où le geste doit précéder le sens. La peinture n'est pas qu'une technique, elle est mon médium — ma langue — ma manière de mettre au centre le fondamental et de rentrer en dialogue avec mes sujets, mes inspirations, pour en déplacer et en ouvrir la perception.

Ainsi mes thèmes récurrents — vacillant entre les limites du visible et de l’invisible — touchent au portrait, à l’autoportrait et aussi aux espaces ou aux objects pour consacrer, interroger, ne pas oublier. Le sujet est centré, frontal, en dialogue, souvent vertical, composé de touches colorées perceptibles, pour raconter l’histoire et témoigner de ce qui a été. Ce processus ritualisé et souvent sériel s'appuie sur des techniques à séchage rapide et au tracé vif — acrylique, encres, pastels à la cire ou secs — se déployant sur grands et petits formats, sur toile comme sur papier. Le travail sériel étire le temps de l'expérience, définit un espace où chaque peinture devient le témoin et la gardienne du chemin parcouru.

À l’image d’un motif rythmique en ronde, les touches de couleurs transparentes, s’entrecroisent, se superposent en strates et s'enchevêtrent pour créer une vibration — tangible — dans la profondeur du tableau alors que les gestes répétés — en écho à des états de transe — épuisent la volonté et libèrent le tracé de l'emprise du formel. Progressivement, la peinture glisse vers une confusion entre figuration et abstraction — manière de se rapprocher du sujet tout en s’éloignant de la réalité. L'intention inconsciente se révèle au fur et à mesure du recouvrement partiel des premières couches pour faire apparaître l'indicible. Puis vient, le temps de l'observation — un Autre se présente comme une transmission qui ouvrira et nourrira le prochain questionnement.

Je m’autorise ces franchissements — en dehors de soi — en empruntant, entre autres, différents territoires d’influences culturelles ou d’identités, des limites d’états de conscience et des formes ritualisées issus de mon enfance en Afrique de l’Ouest subsaharienne et de ma pratique d’arts martiaux japonais. Au coeur d’une transmission rompue, le rituel, l’observation, le déplacement, le rythme, l’ancrage dans le sol et la justesse du corps, deviennent le socle de mes inspirations et thématiques.

Je ne cherche pas à représenter la réalité de mon sujet mais à faire émerger ce qui le lie à moi au-delà des mots et de l’apparent. Mes sujets s'imposent souvent par intuition, sans que j'en saisisse vraiment la direction, comme avec les portraits « Hors de soi » en référence à un rituel Yoruba ou la série « (Dés)Abîme » inspirée d’une marche en forêt amazonienne. Le protocole, le processus, le sujet et l'œuvre s'engagent intimement dans cette même direction, faire apparaître une vérité et faire jaillir la vie. C’est l'observation de ce qui est advenu qui élève en donnant une nouvelle réalité. Rien n'est fabriqué, je comprends ce processus qu'à postériori, la peinture est comme une assise pour convoquer et accueillir.

Ce rituel de déplacement lié à un jeu de miroir, que j’ai pour habitude d’approfondir successivement dans une temporalité, d’une peinture à l’autre vers une absence de territoire, je vous invite à le vivre à votre tour, à votre rythme, selon votre sensibilité — avec la même liberté que celle que je m’autorise vers une plus libre interprétation et appropriation.


« Créer n’est pas déformer ou inventer des personnes et des choses. C’est nouer entre des personnes et des choses qui existent et telles qu’elles existent, des rapports nouveaux. »

— Robert Bresson



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